Voici un cours exposé sur l'
interactivité musicale réalisé dans le cadre de ma formation, le
Master 2 INI au
CESS d'Epinal.
Il y a beaucoup à dire sur ce sujet très passionnant - ceci n'est qu'un
aperçu - mais si vous êtes intéressés, sachez que ce siècle n'a pas
fini de vous étonner.
Le sujet : Choisir un domaine et décrire ses formes d'interactivité.
Oral de 10min avec diaporama réalisé par votre binôme (
Bruno).
::
musique-et-interactivité.ppt
Introduction & définition L'interactivité musicale a pris réellement un sens à partir de
1955 mais c'est véritablement depuis son entrée dans le XXI siècle qu'elle a pris toute son ampleur.
En effet, elle a bouleversé le monde de la musique grâce au développement des
nouvelles technologies.
La transformation / modification d'une sonorité au contact d'un
utilisateur, l'introduction de la forme d'expression, de la perception
ou encore la manipulation en temps réel ont permis d'amplifier les
capacités et l'amplitude sonores de l'instrument.
Ainsi, le
spectateur se place dans un rôle actif, un rôle créatif. Le musicien
lui, s'ouvre à une nouvelle forme d'expression mais surtout, cette
évolution a permis d'inaugurer des relations
nécessaires entre artistes et ingénieurs.
Une mauvaise interprétation de la musique et de son interactivité Des
sites offrent à l'internaute mélomane l'occasion d'effectuer une
plongée interactive au sein d'une banque de données bourrée
d'informations inédites, exclusivement destinées aux vrais « fans » :
paroles, partitions, photos, extraits de clips vidéo, anecdotes,
critiques, etc.
Pour ma part, l'interactivité
ne prend pas un vrai sens dans la distribution d'information et
d'écoute d'?uvre. Cette mauvaise interprétation du terme est
malheureusement trop présente sous cette forme sur Internet.
L'interaction Homme Machine
Une création véritable suppose l'élaboration de ses propres outils, de
ses propres méthodes, de son propre langage. Ici, on dépasse l'écran
tactile et pour le musicien, l'oeuvre appelle à ce que l'on se
transforme en
performeur.
- Le mélomane
Le simple mélomane peut - par sa présence physique, par sa gestuelle,
par son déplacement, et dans certains cas par ce qu'il peut dire -
influencer sur le comportement d'une machine, d'une ?uvre. Cette
machine et cette oeuvre vont réagir à la présence et vont faire réagir
le visiteur et ainsi de suite. Dans ce sens, l'interprétation de la
musique va effectuer un travail sur l'écoute liée à la machine.
Rafael Lozano-Hemmer avec son ?uvre
Frequency and Volume
a permis aux spectateurs présents de projeter leurs ombres sur un écran
géant et, selon leurs déplacements, de capter de véritables ondes radio
et de manipuler le volume en fonction de la grosseur de leur ombres. On
obtient donc un réel échange basé sur un
véritable échange sensoriel.
Ex
: Si le son est trop fort, je vais peut-être me retirer. Et la machine
va réagir à la manière avec laquelle je vais me retirer. Il y a un
échange.
On peut aussi placer l'auditeur dans un milieu
utilisant la technique de spatialisation du son agissant sur la
perception, en direct avec la multi diffusion sur plusieurs points
d'écoute permettant de simuler l'emplacement du musicien.
Ex :
Pierre Henry chez lui
Chaque soir pendant 2 semaines dans l'année, cinquante personnes pourront entendre
Pierre Henry jouer sa nouvelle ?uvre
Voyage initiatique
en live, spatialisée dans toutes les pièces de sa propre maison et
découvrir l'univers pictural qu'il élabore depuis plusieurs années
(photos, bandes magnétiques, éléments hi-fi, archives, nappes
d'ordinateur,..).
- Le musicien
Traditionnellement, la musique est composée avant d'être interprétée
sur scène. La phase de composition ne réside plus seulement dans
l'écriture d'une partition, mais également dans la définition des
caractéristiques du dispositif qui produira la musique, y compris les
modes d'interaction entre les machines et les musiciens.
A la fin des années 60, la création de
capteur permettant de canaliser des éléments extérieurs à la création a donné naissance à une
vraie interactivité.
Pour les musiciens, l'interaction en direct a favorisé l'émergence de
l'improvisation et de la performance multimédias. L'interactivité remet
en cause le processus même de la composition musicale.
Ex :
Les capteurs embarqués
L'artiste modifie le son en direct par son corps : en déplaçant un
élément dans l'espace, on modifie un son qui lui est affecté. Des
gestes en haut augmentent le volume, à gauche plus grave, etc.
De nos jours, ces capteurs associés à des contrôleurs gestuels en temps réel et des logiciels
(Max/MSP, jMax , Pure Data, Kyma,..) permettent de renforcer la production de musique interactive.
Une nouvelle technologie à l'écoute de l'art Nicolas Schöffer
est l'un des personnages fondamentaux marquant un tournant dans
l'histoire de la musique et de l'interactivité. Il est le fondateur de
l'art cybernétique au sens où, dans le fonctionnement des ?uvres, il
prend en compte les notions d'information, de feed-back, d'adaptation
constante aux perturbations issues de l'environnement.
En
1955, à Paris au parc de Saint Cloud,
Schöffer "le précurseur" présentait sa première oeuvre monumentale interactive (en utilisant un système d'interaction à distance) : la
Tour spatiodynamique et cybernétique de 50 mètres de haut, sonorisée et spatialisée par
Pierre Henry, avec l'aide de
Jacques Bureau.
Cette tour est la première oeuvre au monde dotée de capteurs et de
systèmes de traitement et diffusion temps réel, découverte par
Schöffer lui-même en 1948.
Elle fut suivie l'année suivante de la première oeuvre interactive autonome,
CYSP 1,
intégrant également capteurs et systèmes de traitement temps réel
(visible à la Villa des Arts à Paris). Des milliers de personnes ont pu
entourer tous les jours cet ouvrage en essayant de faire réagir la tour
en activant les micros mis à leur portée.
Selon
Schöffer,
la sculpture compose sa propre musique, avec sa propre matière sonore
et avec le maximum de souplesse en s'adaptant immédiatement à tout
changement d'ambiance (température, l'hygrométrie, vent, couleurs,
lumière, sons et mouvements divers dans le voisinage).
Note : À certains moments, des sons puissants iront même provoquer un emballement du système par effet de bouclage
. Jacques Bureau se souvient et détaille la mise en fuite d'agents de renseignements soviétiques devant un emballement subit de la sculpture.
Conclusion
Il est sûr que l'interactivité musicale ne va cesser de s'amplifier
durant les prochaines années. Suivant la fulgurante ascension des
nouvelles technologies, les formes d'expressions n'auront que pour
limites celles du créateur lui-même.
L'interactivité apporte ce que la musique a toujours voulu donner à son auditeur :
un échange.
Le mélomane se sentira musicien et le musicien ne cessera de se dépasser.
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